En 1997, la société Bandai lance un modèle dérivé de son célèbre Tamagotchi appelé DigiMon, pour Digital Monsters. Face au succès de POKéMON, le concept des Digimons est dérivé en anime, manga, jouets, jeu de cartes et bien sûr, jeux vidéo. Le premier d’entre eux sera Digimon World sorti en 1999 sur PS1. Un titre terriblement dur pour les enfants que nous étions et au succès relatif mais suffisant pour justifier l’arrivée de plusieurs suites. Toutefois, l’intérêt pour la licence ira en déclinant et disparaîtra presque totalement pendant un temps. Il faudra attendre le début des années 2020 pour que la franchise reprenne du poil de la bête, principalement en Occident, les digimons ne parvenant pas à trouver leur public au Japon.
Ce changement de public cible nous a permis d’avoir de nouveaux jeux par chez nous comme la très sympathique duologie des Digimon Story Cyber Sleuth ou bien encore l’étonnant Digimon Survive. C’est donc tout naturellement qu’une certaine attente a commencé à monter chez les fans à l’annonce de Digimon Story : Time Stranger. Un jeu en développement depuis huit ans(!), traduit en français et présenté par ses développeurs comme un renouveau pour la franchise. Sorti le 2 octobre sur PlayStation 5, Xbox Series X/S et Steam, il est temps d’embarquer pour le Digimonde et voir ce que Digimon Story : Time Stranger a à nous offrir !
La vidéo présente en intro de ce test est le prologue officiel du jeu.
Agent from the Future
Digimon Story : Time Stranger vous place dans la peau d’un agent d’ADAMAS, une société secrète chargée de traquer et résoudre les anomalies frappant le monde. L’aventure s’ouvre alors que vous recherchez la source d’étranges perturbations au sein de Tokyo. Quelques pérégrinations plus tard, vous tombez sur d’étranges “formes de vie électroniques”, ou Digimon, puis sur deux immenses entités se livrant bataille. Un conflit qui se terminera par une gigantesque explosion ravageant la ville. Ça n’est toutefois pas la fin pour notre avatar puisque celui-ci se réveillera en plein quartier de la capitale… huit ans dans le passé. Il s’agira donc d’enquêter sur les raisons de votre voyage temporel, découvrir l’implication des digimons dans cette affaire, mais surtout changer le futur pour empêcher la fin du monde. Une sacrée mission durant laquelle vous serez épaulés par divers PNJ comme la Dr Simmons, le duo formé par Inori et Aegiomon et toute une tripotée de monstres digitaux.

En termes d’écriture et de rythme de narration, Digimon Story : Time Stranger fait un pari risqué : celui de prendre le temps. Prendre le temps de poser ses enjeux, développer ses personnages et installer petit à petit différents mystères. Si bien que les 5-6 premières heures consisteront à alterner allers-retours entre les rues de Tokyo et les égouts infestés de digimons agressifs. Un début un peu longuet, voire poussif, mais qui finit par porter ses fruits lorsque le scénario s’envole réellement avec notre arrivée dans le Digimonde d’Iliade. C’est à ce moment que le titre se révèle totalement, tant scénaristiquement qu’artistiquement. Le monde s’ouvre, le casting s’étoffe et la véritable menace se montre enfin. Contrer l’offensive massive des Titans, une faction de digimons dissidents, et aider Aegiomon à accomplir son destin, voilà qui nous occupera le plus gros du scénario. Bien que simpliste sur le papier, l’histoire multiplie les retournements de situation et aborde des thématiques bien plus sérieuses que ne pourrait laisser penser son esthétique, si bien que l’on suit le tout avec grand intérêt tout au long de la trentaine d’heures demandées pour voir la fin. Le seul véritable bémol dans tout ça, c’est notre agent de liaison qui nous spamme de messages et appels pour répéter ce qui vient d’être dit. Fort heureusement, cela finit par s’atténuer mais accentue le côté redondant du début.
En parallèle de la quête principale, Digimon Story : Time Stranger propose bien évidemment des quêtes annexes. Ces dernières sont indiquées de manière très claire dans le menu associé et une fois l’une d’entre elles activée, il vous suffira de suivre le marqueur de quête pour en voir le bout. Alternant entre simple discussion, récupération d’objets ou combats, elles ne sont pas follement intéressantes mais sont sauvées par quelques traits d’humour, un éclaircissement sur le lore et surtout par des récompenses toujours à la hauteur, ce qui pousse à les réaliser. Elles ont en plus le bon goût de ne pas être trop présentes (4-5 par chapitre) histoire de ne pas trop ralentir le rythme du scénario. Il faut toutefois croire que proposer un nombre restreint de quêtes par chapitre a frustré les développeurs puisqu’une fois aux portes du boss final, c’est une tonne de nouvelles missions qui apparaissent, chacune en débloquant de nouvelles. Dix heures plus tard, le boss final attend toujours notre ultime confrontation tandis que je gravis les échelons du colisée pour devenir le plus puissant de tous. Un dosage un peu étrange donc mais qui peut toutefois être gardé pour le end-game, charger une partie terminée vous ramenant devant le donjon de fin. À noter d’ailleurs que clôturer l’aventure vous donnera accès à la possibilité de lancer une nouvelle partie + dans une autre difficulté. D’ailleurs, en parlant de difficulté, il y en a trois au lancement du jeu (Histoire, Normal – que j’ai choisi pour ma part – et Difficile) et il est possible de passer de l’une à l’autre librement en cours de jeu. Une liberté fort appréciable pour quiconque ne veut pas rester bloqué trop longtemps. Finir le jeu débloquera les difficultés Méga et Méga + qui désactivent la fuite et la possibilité d’utiliser des objets. Il y en a ainsi pour tous les goûts !
Vous l’aurez compris, il y a de quoi faire dans le jeu. Entre le scénario, l’exploration, les quêtes secondaires et le mini-jeu de cartes – aux règles obscures et aléatoires mais étrangement addictif –, Digimon Story : Time Stranger s’avère plus que généreux. Mais le cœur de son expérience reste les combats de digimons et la manière d’entraîner nos bestioles.



Des digivolutions à la pelle
Digimon Story : Time Stranger base l’essentiel de son gameplay sur la capture, l’élevage et le combat de digimons. Toutefois, si vous êtes habitués à la série des POKéMON, il y a quelques petites différences. Tout d’abord, l’intégralité des ennemis est visible sur la carte. Entrer en contact avec l’un d’eux lance un combat qui peut vous opposer à trois adversaires maximum – ce qui est également le nombre de créatures que vous pouvez aligner de votre côté. Vaincre un digimon adverse vous octroiera un certain pourcentage de points dédiés à ce digimon. Une fois atteint le minimum de 100%, même si vous pouvez pousser jusque 200% pour de meilleures statistiques, vous pourrez convertir ces points pour obtenir ledit digimon et donc commencer à l’utiliser en combat. Jusqu’ici, c’est donc assez simple, mais les choses se compliquent rapidement lorsque vous désirez faire digivoluer votre créature en une autre plus puissante. En effet, contrairement à Pikachu et ses confrères, les digimons n’évoluent pas de manière linéaire. Un même monstre peut donc se transformer en quatre ou cinq créatures différentes qui elles-mêmes pourront emprunter divers embranchements. C’est là qu’interviennent les pré-requis. Plutôt que de gouverner l’évolution par l’obtention d’un certain niveau, ce sont des statistiques précises qui vous seront demandées comme « avoir un minimum de 540 en attaque ». Ce sera donc à vous d’entraîner votre équipe en fonction des digivolutions que vous ciblerez et d’affiner leurs stats en conséquence. Pour cela, il existe plusieurs moyens. Le premier, c’est tout simplement la montée de niveau. Cependant chaque créature a un niveau maximal, le seul moyen d’augmenter ce palier est de faire régresser votre digimon – en le dé-digivoluant – tout en gardant une partie de ses statistiques gagnées avant de le transformer à nouveau. Il faudra donc régulièrement faire revenir vos digimons à leurs formes précédentes pour leur faire gagner en puissance.

Le deuxième moyen d’améliorer vos monstres est d’utiliser la Digi-ferme. Accessible via le cinéma de l’Entremonde – un hub en dehors du temps rappelant la Velvet Room des Persona –, c’est un endroit où vous pouvez placer vos digimons, leur attribuer un exercice spécifique qui fera augmenter une statistique en particulier et les laisser s’entraîner pendant que vous continuez à jouer. Suivant le type d’entraînement choisi, il leur faudra entre 30 et 90 minutes en temps réel pour en voir le bout et donc augmenter leurs attributs. Un peu gadget au début de l’aventure, la Digi-ferme sera un passage obligé pour obtenir les digimons les plus puissants et donc affronter les derniers boss.
Si le système d’évolution vous a paru quelque peu abscons, ça n’est rien à côté de celui des faiblesses. Chaque type de digimon relève d’un attribut particulier (Virus, Antivirus, Donnée) selon une logique de Pierre-Feuille-Ciseaux. Mais à cela s’ajoutent des faiblesses élémentaires (feu, vent, eau, lumière…) qui elles aussi jouent sur les dégâts reçus et infligés. Si bien qu’avec ce double système, on peut infliger entre 0% et 500% de dégâts. Autant vous dire qu’une grande variété d’attributs et de types d’attaques sera absolument obligatoire pour ne pas se retrouver totalement bloqué, voire annihilé par un boss. Mais avec plus de 450 digimons tous différents, vous aurez de quoi faire !
Cette grande place laissée au combat et au scénario se fait au détriment d’activités annexes. Hormis le jeu de carte abordé précédemment, il n’y a rien d’autre à faire dans le jeu. Vous devrez donc vous battre pour avancer dans le scénario, terminer les quêtes secondaires ou accomplir les quelques donjons bonus. Bien que cela dépendra grandement du ressenti de chacun, un ou deux mini-jeux ou quelques séquences au gameplay différent n’auraient pas fait de mal.
Du côté purement technique, le jeu est très qualitatif. Les graphismes sont chatoyants et rendent bien hommage au style coloré de la licence. Les animations sont également de qualité que ça soit en combat, lors des attaques les plus puissantes, ou en exploration. Aucun bug n’a été rencontré en plus de cinquante heures de jeu et les temps de chargement sont infimes malgré la profusion de personnages à l’écran, un vrai plaisir ! Il en va de même pour les doublages japonais (je n’ai pas testé l’anglais) qui contribuent à caractériser encore plus chaque digimon (qui savent parler et ne répètent pas juste leurs noms). Gros point positif également pour la traduction intégrale des textes en français qui, mis à part quelques petites fautes de conjugaison, s’avère de qualité. Bémol en revanche pour la musique qui, si elle n’est pas mauvaise, s’avère peu marquante et surtout très peu mise en avant. La faute à un mixage raté qui ne peut être rattrapé via les options du menu principal. Un menu manquant parfois de clarté et d’ergonomie et qui oblige à passer par de nombreux sous-menus pour dénicher ce que l’on cherche durant les premières heures.
Dernier point sur la difficulté. Le jeu ne se laisse clairement pas faire, surtout lors des premières heures. Les boss tapent fort et vous n’aurez d’autres choix que de vite intégrer le principe des quadruples faiblesses sous peine de galérer de longues minutes pour rien. Même après ça, la barre reste assez haute sans toutefois s’avérer infranchissable et c’est avec une certaine fierté que l’on passe les monstres les plus puissants grâce à notre stratégie.



Le jeu ultime pour les fans
En tant que fan de Digimon, Time Stranger est un pur plaisir. L’histoire est prenante, la direction artistique, si caractéristique de la licence, est respectée et surtout le système de combat, de prime abord bien compliqué, s’avère extrêmement addictif une fois maîtrisé. Le choix de digimon est également plus que vaste et la possibilité de réunir Omnimon, Diaboromon ou encore Gallantmon dans une même équipe est un rêve d’enfant. Et c’est sans compter les multiples clins d’œil que ne décèleront que les plus fervents amateurs de monstres digitaux. Après de longues années d’attente, c’est un réel bonheur de voir que la licence a encore de belles choses à offrir en s’émancipant des carcans étreignant habituellement les licences « pour enfants ». Doublages, profondeur de gameplay, sujets sérieux comme la mort, le deuil ou la folie, contenu gargantuesque, possibilités de builds poussés… tous les éléments sont réunis pour faire de Digimon Story : Time Stranger un excellent RPG, de ceux qui peuvent marquer et se démarquer parmi la profusion de titres sortant chaque année.

Maintenant, est-ce que le titre peut plaire à des néophytes ne connaissant pas la licence ? Personnellement, je pense que oui. Le scénario se suffit à lui-même, ne nécessite pas d’avoir joué à d’autres jeux, si ce n’est pour saisir quelques références, et il se montre suffisamment captivant et surprenant pour avoir envie de voir la fin. L’exploration, découpée en zones faussement grandes, est plaisante et offre quelques petites surprises qui donnent envie de tout fouiller. Quant aux combats, passé la phase d’apprentissage un peu rude, ils offrent juste ce qu’il faut de challenge pour rester investis sans être frustrés. Le seul véritable obstacle, à même de perdre les joueurs, est le principe de digivolution. Outre le fait de voir son dinosaure marin se transformer en réincarnation d’Aphrodite un poil dévêtue, c’est surtout le fait de naviguer à l’aveugle qui peut en perdre beaucoup. Hormis les statistiques requises, on ne sait rien des différentes évolutions possibles. Ni leurs noms, leurs formes ou même leurs attributs. Dans un jeu qui impose une parfaite maîtrise de son équipe, opter pour la mauvaise digivolution peut vous faire perdre beaucoup de temps puisqu’il faudra faire marche arrière et refaire monter de niveau votre digimon afin de pouvoir faire un autre choix. C’est là où les habitués seront avantagés et les nouveaux venus un peu largués. Je ne peux donc que vous conseiller d’user et abuser de la Digi-ferme et de sauvegarder régulièrement ! Une autre possibilité serait de regarder en avance les digivolutions possibles mais ça serait gâcher une partie du plaisir.
Enfin, un dernier mot sur la rejouabilité. Avec son roster plus que conséquent offrant de nombreuses possibilités, je m’imagine très bien relancer une partie à l’avenir pour tester d’autres digimons, voire m’imposer mes propres défis (comme n’utiliser que des digimons présents dans l’anime de l’époque ou faire une équipe mono-type par exemple). À l’instar de POKéMON, le jeu s’avère suffisamment riche et versatile pour autoriser ce genre de choses. Le seul obstacle pouvant être le scénario très présent que l’on a pas forcément envie de suivre à nouveau de A à Z. Toutefois, la possibilité de zapper n’importe quelle scène atténuera l’aspect redondant de la chose.
Digimon Story : Time Stranger est bel et bien le meilleur épisode de la série depuis bien longtemps. Incroyablement généreux dans son contenu, il l’est également dans ses mécaniques de jeu très poussées et son scénario qui enchaîne les twists et saura vous surprendre. Un indispensable pour tout fan de la licence et un très bon titre pour découvrir cet univers unique où réel et virtuel s’entremêlent pour former un tout passionnant à explorer.





