Parmi la foule de studios cherchant à créer leur propre version du Souls-like, Koei Tecmo et la Team Ninja ont su se démarquer avec Nioh. Sorti en 2017, le titre mêlait exigence à la FromSoft, Japon Féodal et progression par niveaux séparés. Une formule reprise et peaufinée dans le très bon Nioh 2 en 2020 . Par la suite, le studio a expérimenté de nouvelles choses avec Wo Long Fallen Dynasty et surtout Rise of the Ronin, un jeu adoptant la formule du monde ouvert. Puis arrive le 6 février 2026, date de sortie de Nioh 3. Il est temps de ressortir votre katana, le Japon est de nouveau en danger.
Conditions du test : Jeu prêté par un ami sur PS5. Platine obtenu en 60h environ.
Shogun à la place du shogun
Nioh 3 débute durant l’ère Sengoku. Le shogun vient de décéder et c’est vous, Takechiyo, qui avez été choisi pour le remplacer. Après avoir entièrement créé votre avatar via un éditeur plutôt complet, vous êtes convié à un combat d’entraînement pour apprendre les bases du combat. Une initiation qu’il vous faudra mettre en pratique de suite puisque c’est peu de temps après que des Yokais, des démons tirés du folklore japonais, décident d’attaquer le château. Tandis que vous vous frayez un chemin à travers la horde de monstres, vous serez arrêté par votre frère, qui désire devenir shogun à votre place, et ne devrez votre survie qu’à un étrange miroir qui vous enverra dans le passé. Là, vous y apprendrez que le mal qui semble s’être emparé de votre frangin, et du Japon par extension, provient de la Purgarite, une pierre maléfique… Accompagné de votre esprit protecteur et épaulé par diverses figures historiques, vous devrez donc voyager à travers les époques pour remonter aux origines du mal et le détruire.

Comme d’habitude avec Koei Tecmo, nous avons le droit à un mélange entre récit historique et touches fantastiques pour former un tout sympathique à suivre mais pas non plus transcendant. Il faut dire que le scénario n’a jamais été le principal atout de Nioh. C’est cool de croiser des noms connus mais ça ne va pas plus loin. En revanche, en implémentant du voyage temporel au sein de son histoire, Nioh 3 parvient à maintenir notre intérêt sur les 50 heures (70 si vous visez le platine et un peu plus pour le 100%) nécessaires pour en voir le bout. Cela permet de varier les environnements et de proposer une grande variété de biomes différents mais également de découper le jeu en plusieurs mondes ouverts. Car oui, Nioh délaisse ses niveaux cloisonnés pour élargir ses horizons et embrasser la tendance du monde ouvert. En termes d’évolution, il s’agit donc d’un bond comparable à celui effectué par FromSoft avec Elden Ring. Toutefois, la comparaison entre les deux jeux s’arrête là tant leurs visions diffèrent.
Monde(s) ouvert(s)
En effet, là où Elden Ring proposait un seul vaste monde à parcourir et explorer sans la moindre indication, Nioh 3 nous fait voyager dans trois mondes à trois époques différentes. Chacune de ces cartes est découpée en zones et abrite un bon nombre de collectibles qui s’afficheront sur votre mappemonde une fois un certain niveau d’exploration atteint. Nul besoin donc d’écumer chaque centimètre carré, tout est clairement indiqué. Un plaisir pour les amateurs de 100% au détriment de ceux préférant découvrir par eux-mêmes. Cette mise en retrait de l’exploration se ressent également au niveau du level-design. Assez ouvert au début, il se cloisonne de plus en plus au fur et à mesure de votre avancée, si bien que l’on a plus l’impression de faire face à une succession de niveaux plus ou moins vastes et interconnectés plutôt qu’à un univers où l’on serait vraiment libre d’aller où bon nous semble. En ressort une expérience bien plus nerveuse, presque arcade, où l’on court d’un point d’intérêt à l’autre sans temps mort.
Certes, il est possible de simplement foncer vers l’objectif mais ça serait vous compliquer grandement la tâche. En effet, outre un niveau probablement trop bas, faire ainsi vous priverait de précieuses améliorations de statistiques ou de compétences obtenues via la découverte des Kodamas, Sunekosuris et autres Chijikos, d’adorables esprits pacifiques cachés aux quatre coins du Japon. Prendre votre temps vous permettra également de réaliser la trentaine de quêtes annexes que compte le jeu. Toutes scénarisées et de longueur variable, elles permettent de découvrir de nouvelles zones annexes et d’affronter quelques boss optionnels offrant de belles récompenses.

De cette structure ouverte, mais un peu dirigiste, en ressort un rythme plutôt plaisant. On explore un peu jusqu’à tout faire apparaître sur notre carte puis on nettoie chaque point d’intérêt avant d’enchaîner sur la prochaine zone. Le souci, c’est que lorsqu’apparaît le troisième monde, un sentiment de “trop” s’empare de nous. La perspective de devoir à nouveau tout écumer à de quoi décourager et c’est avec un peu moins d’entrain que l’on s’attaque à la tâche… D’autant plus que l’exploration ne se fera pas sans combattre.
Dancing like a ninja, slashing like a samurai
Avec son invasion de Yokais sur fond de guerres de pouvoir, Nioh 3 vous confronte à des tas d’ennemis allant du troufion de base au démon supérieur. Aucun n’est à prendre à la légère car n’importe lequel d’entre eux pourra vous envoyer ad patres en deux-trois mandales bien placées. Mais plus que votre barre de vie, c’est votre Ki – équivalent de l’endurance – qui devra être surveillé de près en combat. Chaque action que vous effectuez consomme du Ki, ce qui vous empêche d’enchaîner les attaques, et se retrouver à court immobilise votre personnage, résultant dans 90% à une mort rapide. Le truc, c’est que vos adversaires ont également une barre de Ki. Tout l’enjeu sera donc de réussir à vider l’énergie de vos ennemis pour les stopper et profiter de l’ouverture pour lâcher vos plus puissantes attaques. Cette mécanique, associée aux multiples combos et coups spéciaux déblocables, offre une jouabilité très nerveuse et réellement satisfaisante une fois les différentes techniques assimilées.

Pour tabasser vos adversaires, vous aurez une dizaine d’armes différentes mais surtout la grande nouveauté de cet opus : la capacité d’alterner entre mode Ninja et mode Samouraï. Concrètement, c’est comme si vous aviez deux sets d’équipements et de compétences distincts. D’un côté, nous avons le samouraï qui se joue de manière classique. Plutôt lent et résistant, il inflige également de gros dégâts et peut alterner entre trois postures (haute, moyenne et basse) pour plus de versatilité. De l’autre côté, nous avons le ninja qui est complètement abusé et pourrait s’apparenter au mode « facile » du jeu. Très mobile, disposant de combos extrêmement longs qui atomisent les barres de Ki adverses sans trop vider la vôtre et capable d’utiliser ninjutsus et autres magies Onmyo pour invoquer flammes, foudre et trombes d’eau, le ninja est juste beaucoup trop puissant. Une fois testé, il sera très tentant de garder ce mode tout le long du jeu tant il vous rend la vie plus simple. Restent les assauts explosifs – des attaques entourées d’une aura rouge – qui ne peuvent être contrées qu’à l’aide d’une permutation réalisée avec le bon timing et qui vous « obligera » à alterner de temps en temps. Après, je parle de mode « facile » mais le titre reste tout de même assez exigeant – encore plus si vous n’avez pas joué aux deux opus précédents – et vous mourrez de nombreuses fois. À noter également pour les nouveaux joueurs : le jeu se veut bien plus accessible que ses prédécesseurs malgré la surcharge de menus grâce à de nombreux tutos mais aussi une carte claire et la possibilité de farmer plus facilement.

L’aboutissement de la formule ?
Pour le reste, Nioh 3 reste fidèle à son héritage. Chaque mort d’ennemi est un festival de loot allant de commun à rare et tout surplus d’équipement peut être réutilisé à la forge afin d’améliorer vos armes et armures favorites. La possibilité d’invoquer votre esprit protecteur pour une invincibilité temporaire est également de retour et s’avère plus stylée que jamais grâce à un effet de mise en scène du plus bel effet ! Mais c’est peut-être là un des rares défauts du jeu. Certes, il est extrêmement généreux dans son contenu mais dans le fond… hormis un changement de scope dans le level-design, on reste sur les mêmes bases. Les mêmes types d’armes, le même bestiaire, le même type d’environnement… En soi, ça n’est pas vraiment un souci. Au vu de la taille du jeu, il est totalement logique que Team Ninja soit allé piocher dans leurs précédents titres des assets, des textures ou des animations. Cela permet d’offrir un jeu très (trop?) dense pour les nouveaux joueurs mais qui pourra sembler un peu redondant pour les anciens. Avec un bestiaire qui tourne en rond arrivé à la moitié et un recyclage abusif de boss sur la fin, les dernières heures sont un peu moins plaisantes même si quelques petites idées de gameplay ou de mises en scène permettent de sans cesse pimenter l’exploration et nous pousser à continuer.

Au final, en proposant une sorte de maxi best-of d’idées, tout en se réappropriant la formule du monde ouvert, Nioh 3 se positionne sans difficulté comme étant la quintessence de la trilogie et l’un des meilleurs titres de la Team Ninja. Un aboutissement de la formule Nioh qu’il sera difficile de dépasser sans véritable réinvention en termes de gameplay ou d’univers.





