Jaquette du jeu Tactics Ogre

Tactics Ogre Reborn : Play The Game

Les plus fidèles d’entre vous se souviennent peut-être de mon article dédié à Final Fantasy Tactics. Un jeu exceptionnel et un modèle d’écriture que je préfère à beaucoup de FF principaux. Et bien figurez-vous qu’avant de nous livrer cette référence du T-RPG, Yasumi Matsuno avait conçu avec son équipe un jeu considéré comme le père du tactical moderne : Tactics Ogre. Square Enix étant en pleine phase de recyclage, il n’est pas étonnant de voir le jeu revenir sur nos consoles actuelles. Sauf que cette fois-ci, c’est parfaitement exécuté.

Critique effectuée à partir d’une version PS5 digitale fournie par Square Enix. Merci !

Temps de jeu : 50h pour le cheminement en Chaos (Comptez facilement le double pour tout faire)

Avant-propos : Cette critique est réalisée par un joueur n’ayant jamais touché aux versions SNES et PSP. Point de comparaison ici donc, désolé.

A Kind of Magic

Si Yasumi Matsuno est essentiellement connu pour ses travaux chez Square (Vagrant Story, Final Fantasy Tactics, Final Fantasy XII…), sa carrière a commencé au sein du studio Quest en 1989. Il a d’abord travaillé sur quelques jeux dont Conquest of the Crystal Palace, avant de se voir confier son propre projet.

La consigne de ses supérieurs ?
« Faire un bon jeu qui représente la société ».

C’est ainsi que sort Ogre Battle : The March of the Black Queen sur SNES en 1993.
Ce tactical rencontre un franc succès ce qui permettra la mise en chantier d’une suite.

Baptisée Tactics Ogre : Let Us Cling Together, ce jeu est considéré comme un chef d’œuvre et figure dans de très nombreux tops des meilleurs jeux de tous les temps. Son seul défaut était son absence de localisation. Souci réparé en 2010 avec le portage PSP intégralement traduit en anglais.

Le jeu, déjà incroyable en 1995, est modernisé pour mieux convenir à notre époque. Ergonomie, modification de certaines mécaniques, tout est fait pour plaire aux joueurs.

Sauf que là encore un problème se pose : le titre sort sur une PSP en fin de vie quelques semaines avant l’annonce de la Vita. Universellement salué, le titre est tout de même un succès.

En France, la presse lui réserve un bon accueil mais l’absence de traduction française, surtout pour un jeu aussi bavard, freine les joueurs. L’arrivée de cette nouvelle mouture rebaptisée « Reborn », et entièrement dans la langue de Molière, ne pouvait donc qu’enchanter les foules.

It’s A Hard Life

La Valeria est en guerre. Autrefois unie sous la bannière du roi Dorgalua, elle est désormais ravagée par des luttes entre clans voulant en prendre le contrôle. C’est dans ce contexte que vous suivrez les aventures de Denam, un jeune homme du clan Wallister. Accompagné de sa sœur Catiua et de son ami Vyce, il rejoindra la Résistance pour affronter Bakrams, Galgastans mais aussi les terribles chevaliers noirs de Lodis qui ont ravagé son village…

Carte du monde dans Tactics Ogre
C’est sur cette jolie mappemonde que vous vous déplacerez entre les batailles

Quiconque a joué à Final Fantasy Tactics ne pourra que reconnaître les similitudes entre les deux jeux. Un jeune homme qui prend les armes face au pouvoir en place, des manigances politiques, des trahisons et un ordre religieux pas forcément très net…

Matsuno aborde ici tous les thèmes qui lui sont chers et qui deviendront sa marque de fabrique. Cependant, point de redite ici. Si il y a certains points communs, le ton y est plus sombre que dans un FFT ou un FF XII.

Les morts sont légion, la torture n’est pas passée sous silence et la notion de choix nous implique énormément dans l’histoire. Régulièrement, Denam devra prendre une décision qui influera grandement sur le scénario.
C’est ainsi trois chemins qui se proposent à vous : Loyal, Neutre et Chaotique.
N’y voyez pas là une simple différence entre bien et mal mais plutôt votre propension à suivre aveuglément les ordres ou à tracer votre propre voie.

Tactics Ogre évite ainsi totalement l’habituelle dichotomie des RPG. Rien n’est blanc ou noir mais tout est en nuances de gris. Les batailles se font dans la douleur face à des adversaires qui ne font que croire en leurs principes, rendant les victoires amères.

Le scénario nous pousse à nous questionner sur nos actes et sur ce que l’Homme est prêt à faire en temps de guerre :

  • Faut-il penser à soi, ses proches ?
  • Ou voir plus grand et prendre en compte les milliers d’innocents touchés par les affrontements ?

Cette excellente écriture est mise en valeur par des dialogues de très bonne qualité – une constante dans les jeux de Matsuno – et des personnages forts. Tous ont le droit à un développement travaillé, y compris les ennemis secondaires qui bénéficient d’une mini biographie dans les Chroniques de Warren.

Let Me Entertain You

Accessibles à tout moment sur la carte du monde, Les Chroniques de Warren sont une véritable mine d’or en termes d’informations. Vous pouvez ainsi revisionner l’intégralité des dialogues, voire une biographie de tous les personnages, écouter les musiques du jeu, lire des rapports vous débloquant l’accès à certaines zones annexes… Le tout avec une très belle esthétique. C’est également à cet endroit que vous accéderez à ce qui fait office de notice. Un passage obligatoire donc !

Menu du jeu Tactics Ogre

Une mort punitive

Ce travail sur les personnages est amplifié par la présence de mort permanente. Si vous mettez plus de trois tours à ranimer un personnage ce dernier mourra définitivement, non sans vous insulter dans un dernier soupir.

En plus de chambouler votre équipe et vous mettre un coup au moral, la mort de personnages importants modifiera certains dialogues voire le déroulé des événements futurs…

Cette profusion d’embranchements ne nécessitera heureusement pas de lancer plusieurs parties puisqu’une fois le jeu terminé une première fois, vous débloquerez le « Tarot du Monde ».

Une option vous permettant de retourner à certains points précis de l’histoire pour y faire un autre choix. Et comme vous conservez unités et équipements, les batailles sont bien plus rapides ce qui vous permet de vous concentrer sur l’histoire. L’occasion de voir que les alliés dans une voie sont les ennemis d’une autre et que les faits se déroulent d’une manière bien différente – même si tout finit par se rejoindre dans le dernier chapitre -.

La quantité de contenu est en tout cas gargantuesque et vous occupera de très longues heures pour une rejouabilité rarement égalée. Fait d’autant plus remarquable qu’il s’agit à la base d’un jeu datant de 1995 !

Killer Queen

Un dragon vert dans Tactics Ogre

Le scénario est soutenu par une direction artistique de haute volée. On retrouve la dream team de Yasumi Matsuno à savoir Akihiko Yoshida aux designs et Hitoshi Sakimoto pour la musique. Leurs travaux respectifs donnent une ambiance très particulière et assez unique à Tactics Ogre Reborn.

Plus adulte et réaliste que Final Fantasy Tactics, la patte artistique de TOR revisite avec brio les poncifs de l’heroic-fantasy en nous offrant dragons, golems et liches.

Plus coloré que les autres jeux de Matsuno, TOR est très agréable à l’œil et possède jolis environnements que l’on aurait aimé plus nombreux. Les effets de lumière sont impressionnants et le tout est accompagné d’effets sonores renforçant l’immersion.

Seul reproche : la différence de couleur entre nos unités et les adversaires qui n’est pas assez appuyée et entraîne quelques dégâts collatéraux non-voulus.

Rien à dire en revanche sur les sprites très propres et détaillés ou les magnifiques portraits habillant les menus.

Good Old Fashionned Lover Boy

Avec trois versions au compteur, Tactics Ogre a vu ses designs retravaillés au fil du temps. Si la version de 95 avait ce petit charme des productions d’antan, la mouture PSP adoptera un style beaucoup plus réaliste collant parfaitement à l’ambiance du titre. L’édition Reborn reprendra d’ailleurs les mêmes artworks en les laissant inchangés. Au contraire des sprites des personnages qui ont été lissés au grand dam des puristes…

Musicalement parlant, c’est du grand Sakimoto qui a ré-enregistré toutes les pistes de l’original avec un orchestre. On retrouve avec plaisir le style si reconnaissable du compositeur qui nous livre des thèmes remplis d’envolées épiques lors des affrontements mais sait aussi se montrer plus grave ou intimiste lors de certains passages.

Personnellement, j’ai adoré l’intégralité des morceaux – y retrouvant ce qui m’avait tant plu dans FF XII et Vagrant Story – mais je suis un peu déçu par la longueur des boucles pour les morceaux qui se répètent très vite.
Lors des scènes de dialogue, ça ne pose pas de problème mais entendre le même motif revenir toutes les 90 secondes pendant un combat d’une heure a de quoi ennuyer quelques joueurs…

Keep Yourself Alive

Justement parlons-en des batailles. Véritable cœur du jeu, elles sont extrêmement stratégiques et vous prendront minimum 45 minutes de votre temps pour être bouclées.

Aucune ne se fait véritablement facilement – d’autant plus que la menace de la mort permanente rôde sur le champ de bataille-. Et croyez-moi, vous allez en voir des unités à terre. L’IA adverse se montre en effet particulièrement fourbe et sans pitié, traquant vos unités les plus faibles jusqu’à leur mort.

Vous devrez donc sans cesse être sur le qui-vive face à des ennemis en surnombre et au niveau parfois plus élevé que le vôtre. Et pas moyen de farmer ici puisque le jeu impose une limite de niveau à vos personnages qui n’augmente qu’au fil des missions principales.

Menu du personnage Denam dans Tactics Ogre

Contraignante au début, cette limite nous pousse à perfectionner au maximum nos stratégies et nos équipements même si cela donne parfois lieu à des combats particulièrement difficiles (je parle de vous les jumeaux…). Et en termes de préparation, il y a vraiment de quoi faire.

Dessin de sorciers dans Tactics Ogre

Chaque unité peut être spécialisée de manière très poussée en commençant par sa classe.

Sans compter les classes exclusives à certains personnages, vous avez une petite vingtaine de jobs à disposition.

Certains – comme le magicien ou le chevalier – sont assez classiques pour les habitués du genre mais il y a toutefois quelque petites surprises comme le chevalier d’effroi, sorte de chevalier noir intimidant les ennemis, ou le vartan, un guerrier alternant frappes lourdes au corps-à-corps et tir à l’arc et magies à distance. Ces classes peuvent être changées à tout moment depuis le menu de votre troupe à condition de posséder le titre correspondant, qui disparaît après utilisation.

Ces sortes de permis s’achètent au magasin et se débloquent au fil du scénario mais vous pouvez aussi avoir la chance d’en récupérer sur le corps de vos adversaires. Une fois votre classe choisie, il ne vous reste plus qu’à choisir votre arme de prédilection parmi un vaste choix (ce qui permet de personnaliser encore plus vos héros), d’équiper vos objets (quatre au maximum) mais aussi vos parchemins et techniques.

Il faudra donc étudier les lignes ennemies et leurs affinités élémentaires pour être le plus efficace possible. En effet, chaque unité est liée à un élément en particulier et sera plus ou moins efficace face aux autres éléments.

Une progression particulière

Dessin de chevaliers dans Tactics Ogre

Le système de progression est assez obscur au début puisque, contrairement à d’autres jeux utilisant un système de classes, vous n’avez pas de niveau de job défini.

Ainsi, un chevalier de niveau 20 qui change de classe pour devenir un clerc restera niveau 20 et aura donc accès à toutes les compétences de cette classe accessibles à ce niveau. Le fait de ne pas repartir de zéro en cas de changement offre une très grande versatilité dans les compositions d’équipes et nous permet d’essayer toutes sortes de stratégies sans devoir faire de longues heures de level-up.

Cependant si votre niveau est effectivement conservé, celui de vos techniques n’en fera pas de même. Un guerrier possédant une maîtrise de niv 30 en hache, démarrera avec une maîtrise de niv 1 en arc. À vous donc de varier régulièrement vos équipements pour toujours être au top. Cet aspect du jeu est très poussé mais aurait mérité un poil plus d’explications pour en saisir plus rapidement toutes les subtilités.

Friends Will Be Friends

Chose peu courante dans les RPG, toutes les unités que vous affronterez – boss exclus – peuvent être recrutés.

Cela vaut aussi bien pour les humains que pour les créatures telles que les dragons, griffons et autres golems. La procédure n’est toutefois pas aisée puisqu’il faudra réduire la vie de votre cible à moins de 10% puis tenter d’utiliser une technique de persuasion – qu’il faudra avoir préalablement équipé – sur lui pour peut-être le convertir à votre cause.
Une tâche ardue puisqu’en plus de ne pas se laisser faire, ses compagnons ont la fâcheuse tendance de voler à son secours pour le soigner… Heureusement, les moins courageux pourront toujours passer par l’option de recrutement disponible dans les magasins. Sachez toutefois que cela ne vous offre que des unités basiques, dénuées d’équipement et de niveau 1…

Il y a aussi plusieurs personnages spéciaux bien plus forts que les anonymes composant votre équipe de base. Cependant, ils nécessitent d’accomplir des actions très précises et de remporter des batailles difficiles. Tous ne sont pas obtenables au sein d’une seule partie puisque selon la voie choisie, certains seront vos ennemis.
Le jeu en vaut toutefois la chandelle, ces héros étant puissants et débloquant des dialogues inédits lors de certains combats.

Il s’agit ensuite de rentabiliser tout ce temps passé dans les menus en allant affronter vos adversaires. Et là encore, il y a de quoi faire.

Tactiques et réflexions

À l’instar de FFT, les protagonistes débutent le combat avec zéro PM et les tours d’action sont déterminés par la vitesse de chacun. Il faut donc vite étudier le terrain et les forces en présence pour protéger archers et mages le temps qu’ils soient prêts à déchaîner toutes leur puissance sur vos ennemis.
Car dans TOR, les attaques à distance sont reines.

Chose que vous découvrirez lorsque vous vous retrouverez au pied d’une forteresse gardée par des sorciers et des archers lâchant boules de feu et pluie de flèches sur votre équipe…

Concernant l’ergonomie du titre, Tactics Ogre ne semble pas très lisible au premier abord. Les unités se ressemblent beaucoup et il n’est pas possible de tourner la map.

En revanche, il est possible de basculer en vue aérienne ce qui offre une meilleure appréciation du champ de bataille au prix d’un visuel moins agréable à l’œil.
Autre bonne idée, la présence d’une ligne de trajectoire pour vos attaques à distance. En plus de rappeler des souvenirs aux joueurs ayant joué au meilleur FF, elles permettent d’éviter que votre sort ne se perde dans le décor ou pire, dans vos alliés.

Vous avez aussi la possibilité d’afficher les barres de vie des personnages au dessus de leur tête ou de changer leur code couleur même si cela dénature un peu trop le jeu (les alliés deviennent bleus et les ennemis rouges).

No mercy

Dernier point à aborder : la difficulté.
Tactics Ogre Reborn ne vous fera aucun cadeau.

Vous êtes presque systématiquement dans une position défavorable au début de chaque affrontement et la moindre erreur causera la mort de vos personnages. Seule une totale compréhension des mécaniques de jeu vous permettront de voir la fin de l’aventure.

Et si la plupart du temps, il suffit de vaincre le chef adverse pour terminer le combat, vous vous rendrez compte que foncer tête baissée sera rarement une bonne idée. En plus de s’exposer à de sérieuses représailles en cas de mauvais calcul, mettre fin aux combats sans vaincre les autres unités vous coupe de précieuses ressources en termes d’expérience et d’équipements. Compliquant encore plus la suite du jeu.

Soyez donc prêt à livrer d’âpres batailles pendant plusieurs heures et à ne pas craquer en cas de game over après deux heures de combat…

Dialogue dans Tactics Ogre

Tactics Ogre Reborn est un incontournable pour toute personne aimant les tacticals. Il propose l’une des meilleures histoires du genre (déclinée en trois versions bien différentes), possède un système de combat très poussé aux nombreuses possibilités et bénéficie d’une esthétique irréprochable. Je ne peux que vous recommander de foncer sur ce titre qui est probablement le meilleur jeu Square Enix de l’année.

Disponible sur PS4/5, Switch et Steam.

AlxZ_Rex

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J'écris mes articles à Rabanastre tout en recherchant mon courage dans Alien.

Publications: 18

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